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12/09/2013

[Portrait] Un regard éthique

En hommage au philosophe Albert JACQUARD, je publie ce post. D'aucuns le décrivent comme un scientifique en raison de son statut de généticien. Mais pour tous ceux qui ont lu son oeuvre, avec lui, la science est à considérer dans son acception la plus large et laisse une place à l'intuition. La méthode qu'il emploie pour décrypter le sujet humain est rationnelle mais la connaissance qu'il livre est pétrie d'affects. Le regard que cet humaniste porte sur le monde est tout à la fois ouvert, tendre et lucide. 

Quand un généticien se prend à pratiquer la philosophie, cela peut surprendre. Il n'y a vraiment rien de paradoxal mais disons cela peut paraître à  tout le moins hors de propos. Est-ce pour l'auteur une manière de se détendre et par conséquent de ne prendre au sérieux cette discipline ? Ou au contraire s'agit-il pour le scientifique d'un exercice fondamental en complément de sa discipline de référence. En réalité, les deux hypothèses répondent à ce besoin auquel se livre ici  Albert JACQUARD. 

Aussi ciblée et technique soit-elle, la génétique est un sujet constitutif de la vie en société. A n'en pas douter, cette discipline touche au plus profond de l'être humain en abordant le patrimoine génétique, l'individualité et par conséquent les paramètres de la vie humaine. C'est par conséquent une discipline qui nécessite de faire hautement appel à la réflexion. La célèbre phrase de Rabelais "science sans conscience n'est que ruine de l'âme" prend alors tout son sens. De plus, la génétique et la philosophie ne sont-elles pas les deux jambes de la bioéthique ? 


Ainsi, à travers une approche concrète des sujets, ces deux livres concis mais riches éveillent à une conscience philosophique autant qu'à la nécessaire responsabilité collective dans notre quotidien.

J'ai découvert ce premier ouvrage en terminal alors que je débuttais les cours de philo. C'est le moment où l'on s'initie enfin au maniement des idées et où il nous est possible de mettre des concepts sur nos affects.
«Exprimer une idée, avoue Albert JACQUARD, est une activité difficile à laquelle il faut s'exercer ; la télé supprime cet exercice ; nous risquons de devenir un peuple de muets, frustrés de leur parole, et qui se défouleront par la violence.»



08/07/2013

[Portrait] Méditerranée, source de civilisation

Destination courue pour ses nombreuses stations balnéaires et la torpeur de son climat, la méditerranée n'a rien d'artificiel. A même ses ports touristiques, la méditerranée arbore ses plus précieux atouts : son histoire, sa culture et son art de vivre.


Si, comme le dit le proverbe, l'eau est notre mère à tous, la Méditerranée est la mer nourricière des civilisations pour ne pas dire de l'humanité. 

Les villes, visages de la méditerranée 

Barcelone
Cités impériales du Maroc
Naples, dolce vita

22/11/2010

[Portrait] Le jounalisme dans la peau


Est-il nécessaire d'expérimenter une situation pour pouvoir en parler de manière juste ? Sans doute pas car le seul fait de recueillir l'expérience des autres suffit à rendre compte d'une réalité. Mais le témoignage apporte un réalisme inimitable. C'est-ce que propose Florence AUBENAS qui sort cette semaine un nouveau livre-reportage dont elle a le secret.


Après s'être installée à Caen et inscrite à pôle emploi, elle a passée six mois dans la peau d'une salariée pauvre qui cumule des cdd. Incognito mais pas anonyme. Elle est ainsi repartie de zéro, abandonnant son confort et ses relations le temps d'une enquête. Pis elle a conservée sa propre identité, ce qui ne lui permettait pas de jouer un rôle. Elle était une travailleuse précaire. Le temps de survivre plutôt que de vivre. C'était un risque à courir mais n'est-ce pas aussi l'occasion de découvrir sous un jour nouveau la phrase de Camus dont Marianne a fait son leitmotiv : "le goût de la vérité n'empêche pas de prendre parti".

Journaliste rendue célèbre suite à sa captivité mais également après la parution de son essai sur l'affaire d'Outreau la journaliste a l'habitude des enquêtes ardues ou il faut donner du corps au texte. Cette fois-ci, c'est de son plein gré qu'elle sest lancée dans une aventure où nul ne doutera qu'elle y a mis d'elle-même. Une enquêteuse qui ne lésine pas sur l'investigation. Florence AUBENAS a certes vécue les conditions que connaissent de nombreux travailleurs précaires. Et sans rien enlever ni à son courage, encore moins à la vérité de son témoignage, il faut ajouter deux nuances à sa situation. Pour elle, il s'agissait d'une période momentanée et la perspective de retrouver son métier, son statut et son identité constitue tout au long de sa difficile expérience un moteur sans nul autre pareil. D'autre part, son capital culturel et sa confiance en elle lui ont également donnés les bases pour tenir le coup et la force de s'adapter.

C'est assurément cela qui lui a permis de garder sa posture de professionnel de l'information afin de commencer, malgré la fatigue physique et psychologique du travail à envisager la manière dont elle allait ensuite rapporter les faits. Selon John LOCKE, "la connaissance d'un home ne peut aller au-delà de son expérience".

Gageons qu'à travers cette expérience, Florence AUBENAS a donné vie à une formule célèbre de Gilles DELEUZE qu'elle avait par ailleurs choisie pour titre d'un de ses précédents livre : "Résister, c'est créer". En effet, la lecture de ce récit présente au moins deux fonctions. D'une part celle bien évidente de rendre compte d'une réalité que tout le monde n'imagine pas bien tant elle est secrète car peut valorisante pour celles et ceux qui la vivent. D'autre part, elle rend également un hommage à cette population pour qui cette situation est chose quotidienne.

15/11/2010

[Portrait] Frédéric TADDEI, l'anticonformiste


Depuis quatre ans Ce soir ou jamais suit son chemin. Un chemin de traverse, parallèle, en dehors des clous.

En deuxième partie de soirée, du lundi au jeudi, Frédéric Taddeï et son équipe concoctent cette émission qui décrypte l’actualité sous un angle culturel. La variété des thèmes abordés et la diversité des invités en font un rendez-vous sans équivalent dans le paysage audiovisuel français actuel.

Artistes, écrivains, intellectuels, ils sont six invités (en général), experts dans leurs domaines, à s’exprimer sur le sujet du jour : Séisme à Haïti, Eric Zemmour et Stéphane Guillon ou, plus récemment, assaut de la flottille Free Gaza par l’armée israélienne...
Sur le plateau ils débattent, se contredisent, ne sont pas toujours d’accord entre eux. Il arrive que le point Godwin soit atteint, mais l’animateur veille à ce que l’insulte ne prenne pas le dessus et que son plateau ne se transforme pas en tribune ou en tribunal.
Nous avons interviewé longuement Frédéric Taddeï à propos de son émission, mais aussi de l’Internet et en particulier d’Agoravox, site qu’il visite régulièrement. Une interview exclusive qui figure ci-dessous.

Taddeï agace pas mal avec son sourire en coin, son air de dandy et son apparente décontraction. Il prétend lui-même que dans son parcours se mêlent le hasard, la paresse et la chance. Après des vacances de dix ans, il se dit un jour qu’il fallait qu’il se mette à travailler : "J’ai envoyé des articles à l’Idiot international, l’hebdomadaire de Jean-Edern Hallier, le seul journal fait par des écrivains et non des journalistes, un vrai journal d’opinion, assez drôle."

Il y publie quelques articles. Et puis l’Idiot cesse sa parution. Il crée son magazine, Maintenant. A partir de là, son téléphone sonne. Le voilà chez Jean-François Bizot (Actuel et Radio Nova), puis sur Canal+ (Nulle part ailleurs), sur Paris Première, sur Europe1. Rachel Kahn l’appelle pour Ce soir ou jamais (parallèlement il anime D’art d’art sur France 2). L’aventure continue...

Particularité de Frédéric Taddeï : il invite des personnages qu’on n’ose plus convier ailleurs. Pour certains il est l’« un des derniers détenteurs d’espace de liberté au sein du paysage audiovisuel français ».

C’est beaucoup pour un seul homme. Par quel privilège serait-il seul le dernier détenteur de cet espace de liberté ? Dans les limites fixées par la loi on peut tout dire à la télé. Mais de cette liberté-là bien peu font bon usage. La preuve : Taddeï invite dans son émission qui il veut, c’est-à-dire des personnalités aussi contrastées qu’Alain Soral, Michel Collon, Shlomo Sand, Dieudonné, Marc-Edouard Nabe, Tarik Ramadan, Houria Bouteldja, Eric Laurent, Romain Bouteille, Alain Badiou, BHL, Alain Finkielkraut, Edgar Morin ou Guy Millière...

Pourquoi donc les autres animateurs sont-ils timorés, paresseux, conformistes ? Pourquoi choisissent-ils la facilité en invitant le fameux bon client qui crèvent l’écran et dont la réplique fait toujours mouche ? Le téléspectateur ne demanderait que ça, qu’ils se dégagent des ornières. Cela résoudrait certainement cette fameuse crise de la presse dont la corporation ne cesse de nous rebattre les oreilles.
On peut reprocher à Taddeï de vouloir créer le buzz en invitant des personnages infréquentables (comme on pourrait lui reprocher de ne pas les inviter !), mais qui oserait dire qu’il applique des recettes éprouvées ?

Bien sûr on a déjà vu Nabe, Dieudonné, BHL, Finkielkraut ou la hardeuse Katsumi plusieurs fois sur le plateau de Ce soir ou jamais. Mais c’est l’arbre qui cache la forêt assure l’animateur qui préfère rappeler que certaines personnalités ne viennent quasiment que dans son émission, comme Paul Ariès, Edgar Morin ou, récemment, Noam Chomsky.

Pour Les RDV de l’Agora il nous explique comment il conçoit Ce soir ou jamais, comment il envisage l’avenir de la télévision et quel rôle y tient Internet. Il revient sur l’affaire Kassovitz, sur ses invités et il évoque au passage Agoravox en des termes plutôt flatteurs.

On vous le disait, un anticonformiste ! A un point tel que vous ne pouvez l’imaginer...

25/10/2010

[Portrait]La rencontre d'un écrivain




Hubert MICHEL est l'auteur de plusieurs romans. Il est né en 1960, à Montours. Il vit désormais à Paris, comme écrivain à part entière après avoir travaillé comme attaché de presse dans différentes maisons d'éditions.
De passage à Paris, il m'a fait découvrir le réduit où il pose son inspiration.





Il est né dans un village de campagne, le pays sous l'écorce, comme le qualifie Jacques Lacacrière. Une commune où il passe encore aujourd'hui ses fêtes de famille. C'est sans doute dans ce décors verdoyant, serein et avant-gardiste qu'il puise encore aujourd'hui pour partie son inspiration.

J'ai découvert l'oeuvre de cet écrivain alors que j'étais encore lycéen à travers le premier roman qu'il a publié sous son nom. C'est dans Télérama que j'avais découvert l'auteur, originaire du même patelin que moi. Etrange paradoxe. Chaque fois que je suis de passage à Paris, je partage une bière avec lui.

Dans le journal du Lycée Jean GUEHENNO où je signais de temps à autres des articles, j'avais rédigé un papier sur ce roman tant le récit autant que l'écriture m'avaient parlés. A l'époque je ne le connaissais pas encore. Quelques années plus tard, c'est au mariage de sa nièce que nous furent présentés. Voici ce que j'écrivais à propos de Requiem pour une huître, son premier roman :

C'est un titre qui peut paraître un peu insolite, voire fantaisiste au premier abord, mais qui pourtant résume tout à fait bien l'univers de ce livre. Cet écrit recèle de l'ironie funèbre, comme celle avec laquelle l'auteur associe un Requiem, terme distingué, illustrant une certaine hauteur, avec une huître. Une simple huître qui n'évoque chez le lecteur que les bas- fonds de l'océan. On peut même peut-être y voir un clin d'œil à Gainsbourg avec son célèbre "Requiem pour un c…"De toute façon ce regard sur la mer n'est pas sans évoquer des souvenirs de jeunesse, cette mer qui a bercé le littoral de son enfance bretonne…

Dans ce récit les moindres petits faits de tous les jours, qui peuvent paraître des plus communs à tout le monde, prennent un sens important. Ces petits évènements, comme faire un achat à la va-vite, penser à quelqu'un en posant les yeux sur un objet quelconque.
Et c'est, je pense, cet univers qui, pourtant à la portée de toutes les mains, échappe à beaucoup d'esprits…

27/09/2010

L'éducation, enjeu de société -6- L'éducation à travers le monde


L'action humanitaire est une manière d'œuvrer pour l'amélioration des conditions de vie des peuples. De plus en plus souvent elle se professionnalise tant la tâche est immense et l'enjeu indispensable. Néanmoins, historiquement il repose sur l'engagement des personnes. L'empathie en est le moteur humain principal. Assurément c'est une forme d'éducation.

Entretien avec Daniel HELBERT, Président de l'association "Ensemble agissons"


Hors d'Oeuvre : L’association a pour objet principal de mettre en place un « projet d’éducation et de santé » dans une région précise de l’Inde : Qu’entendez-vous par « éducation » ?

Daniel Helbert : Eduquer, quel que soit le contexte (géographique, social, ou culturel) signifie toujours « accompagner, conduire vers ». C’est un processus qui vise à permettre à la personne d’acquérir peu à peu une plus grande autonomie.
Pour reprendre une formule entendue de la bouche d’un philosophe lyonnais, spécialiste des questions d’éducation, « c’est une contagion de l’être par l’être » qui permet à chacun d’expérimenter (avec droit à l’erreur, bien entendu), de vivre et de grandir dans l’apprentissage et la confrontation.

Dans le contexte très particulier dans lequel nous sommes engagés avec l’association « ensemble, agissons » le plus important, c’est le chemin que nous faisons avec nos amis indiens de l’association Vimukti qui pilotent le programme sur le terrain. Habitant ces villages et formés à l’aide sociale ils sont à même de comprendre les difficultés de ces populations et de trouver les solutions les plus adaptées.

HDO : Le siège social de l'association est basé en France, à Lyon pour être précis. Pourtant vous intervenez essentiellement en Inde. Comment vivez vous cette distance ?

DH : A l’heure des vols « low cost », la notion de distance géographique n’a plus beaucoup de sens. Il faut à peine plus de temps pour se rendre en Inde que pour traverser la France du Nord au Sud ou d’Ouest en Est. Et l’utilisation d’Internet abolit définitivement cette notion de distance. Quelques clics et le message que vous destinez à votre interlocuteur indien lui parvient dans les minutes qui suivent.

Paradoxalement, cette distance géographique et la différence de race, de culture, de religion parfois, peuvent devenir des facteurs de rapprochement.
Croyez-vous qu’un homme (ou une femme) amoureux (se) puisse être arrêté par la distance qui le sépare de celle (ou de celui) qu’il (elle) aime ?
L’amitié et les liens qui se tissent peu à peu avec les membres d’une communauté, si loin et si proche à la fois, n’échappent pas à cette règle. Quand vous portez une idée, une action, un ami dans votre cœur, plus rien ne vous arrête.

HDO : Vous prônez l'éducation comme une méthode pour combattre l'asservissement des peuples. Pensez-vous qu'en France on est mieux placé pour défendre un modèle d'éducation ?
DH : Qui parle de méthode, de modèle ? les pédagogues vertueux ? les politiques ?
En matière d’éducation, il convient de faire preuve d’humilité et de rester à sa place en faisant du mieux que l’on peut.
Tout individu curieux, ouvert, cherche à comprendre le monde dans lequel il vit et essaye de trouver du sens aux actions qu’il entreprend, là où il vit et avec l’éducation qu’il a lui-même reçue. Il n’existe donc pas de modèle idéal qui serait superposable à d’autres contextes, dans d’autres cultures.
L’asservissement commence avec l’ignorance ou la méconnaissance de ses droits pour faire face à certaines situations.
Prenons un exemple : dans les pays du monde où l’épidémie fait le plus de ravage, la situation peut changer radicalement le jour où les hommes et les femmes prennent réellement conscience de la maladie et ont un accès direct aux moyens de se protéger. Sans apprentissage, il n’ y a pas de véritable liberté.

HDO : En tant qu’association vous récoltez des dons pour financer des projets locaux. Que répondez-vous à quelqu’un qui hésite à donner de peur que son argent ne serve pas directement la cause comme on l’entend dire pour certains mouvements victimes de détournement par exemple ?

DH : Pour nous la situation est très simple et très claire. D’emblée, nous avons fait le choix (et c’est notre philosophie) du bénévolat intégral. Cela veut dire que toutes les activités que nous mettons en œuvre pour soutenir financièrement le programme d’éducation et de santé à Pothnal sont prises en charge par les adhérents eux-mêmes sur fonds personnels. C’est aussi une manière de s’engager davantage envers celles et ceux que nous accompagnons. Pas de charge de structure, pas de professionnels rémunérés pour servir d’interface. Ceci étant dit, je respecte aussi profondément les associations humanitaires internationales dont le rôle est absolument indispensable pour l’équilibre du monde. Chacun est dans son rôle et c’est la force de chacun des maillons qui rend la chaîne plus solide.

HDO : Avez-vous le sentiment que votre action est utile ? Comment vous rendez-vous compte de cette utilité ?

DH : Utile ? Assurément, puisque grâce au programme que nous accompagnons dans 14 villages très isolés et très pauvres du Nord du Karnataka, des centaines d’enfants peuvent espérer un futur meilleur. Vishalakshi, l’adolescente de 14 ans que je parraine depuis 6 ans, aurait pu, comme beaucoup d’enfants de son âge, travailler aux champs, être l’objet d’un mariage arrangé, sans espoir d’avenir. Grâce à notre soutien et au projet de développement local auquel elle et sa famille ont adhéré, elle peut envisager de poursuivre ses études. Elle aimerait s’orienter vers une profession de santé. En fonction des ses résultats scolaires, elle deviendra aide-soignante, infirmière et pourquoi pas médecin.

Une goutte dans l’océan, mais laissez-moi vous conter une histoire:
« Un enfant se promène sur une plage immense. Il ramasse, une à une, les étoiles de mer venues s’échouer par centaines sur le sable et les remet délicatement à l’eau. Un vieillard, qui l’observe, s’approche de lui et lui dit : « Mais que fais-tu là mon garçon ? Ne vois-tu pas que ton geste est inutile ? Tu ne pourras les sauver toutes. » L’enfant lève les yeux, tend une étoile de mer en direction de l’homme incrédule, et lui dit: « Pour celle-ci, cela change tout ».

21/07/2010

Un pont entre le jazz et l'été



A l'occasion de la sortie de son nouvel album consacré à l'oeuvre musicale de Billie HOLIDAY, Dee Dee BRIDGEWATER lui consacre une tournée. C'est à cette occasion, qu'elle donnait un concert près d'Angers hier soir. Somptueuse et pleine d'énergie, sa voix autant que sa personne a envoûté le public venu nombreux.
Il n'est pas impossible que le soleil s'offre une grasse matinée ce matin car il est resté veiller jusque tard dans la nuit hier. Trélazé où se produisait la chanteuse de jazz a en effet bénéficiée, une fois n'est pas coutume, d'une rallonge de lumière car la chanteuse étincellante s'est fait le relais du jour.
Quelle spontanéité ! Accompagnée de son petit chien sur scène elle lance une discussion avec le public en plein concert. Bien qu'elle soit née à Memphis dans le Tennessee, Dee Dee est polyglote et son univers naturellement cosmopolite.
Puis elle improvise une chanson qu'elle fredonne au début avant de se laisser prendre à son propre jeu. Voyant que leur patronne est partie pour l'interpréter dans son intégralité ses musiciens s'accordent sans plus attendre afin de lui apporter dès le deuxième couplet leur accompagnement. Ces notes offrent alors un écrin à sa voix. "J'ai deux amours" en bonus.

26/04/2010

[Portrait] L'exemple de Diderot

Diderot a touché à tous les genres littéraires s'y montrant souvent novateur.

Chez Diderot, les idées s'effacent un peu devant la méthode. Il est moins question d'imposer ses vues personnelles que d'inciter à la réflexion personnelle sur base de différents arguments, donnés, par exemple, par les intervenants des dialogues. Les idées personnelles de Diderot ont de plus évolué avec l'âge.
Plutôt que philosophe, Diderot est avant tout un penseur. Il ne poursuit en effet ni la création d'un système philosophique complet, ni une quelconque cohérence : il remet en question, éclaire un débat, soulève les paradoxes, laisse évoluer ses idées, constate sa propre évolution mais tranche peu.

Diderot incarne selon le refus de la fatalité.

29/03/2010

[Portrait] L'écriture nomade

Comme l'évoque le titre du livre rédigé par la journaliste sur le présent auteur : la planète ATTALI, on ne peut évoquer ce personnage sans son réseau et les multiples activités dont il est l'initiateur.



Président de la commission sur la libération de la croissance qui a rendu il y a deux ans un rapport sur ce thème Jacques ATTALI est un intellectuel hors normes. A tel point qu'il vient d'être missionné à nouveau pour reprendre avec les autres membres ses travaux afin de préparer le sortie de crise.



D'aucun pourrait dire que Jacques ATTALI papillone. Il est vrai que cet écrivain prolixe a écrit sur un de multiples sujets ce qui donne à son oeuvre un caractère composite.

23/03/2010

[Portrait] L'indomptable Martin Hirsch


Martin Hirsch, Haut commissaire aux solidarités actives et à la jeunesse vient de faire les frais du remaniement technique du gouvernement Fillon 4. Pour être plus exact, il quitte le gouvernement à sa demande, seule la date lui a été imposée. Détesté, jalousé ou encore encensé, cet Homme politique inclassable car multiple vient de vivre une expérience que beaucoup d'autres ont connu avant lui. Mais pas avec la même classe.


Avant d'entrer dans le gouvernement à travers un statut à part, Martin Hirsch était déjà un homme public. Par ses nombreux engagements associatifs mais également à travers ses écrits. Enfin, par le biais des responsabilités qu'il a exercé au sein de cabinets ministériels comme ceux de Martine Aubry et Bernard Kouchner. Il est un intellectuel au sens politique du terme. C'est à dire qu'il connaît autant les rouages techniques de l'administration que les arguments du débat citoyen. Ni véritablement Homme politique, ni Haut fonctionnaire à part entière, il est les deux à la fois et refuse systématiquement de choisir. Au-delà de ses compétences, c'est son intuition qu'il propose.

Président d'Emmaüs France jusqu'à ce qu'il soit nommé Haut Commissaire, il était parallèlement directeur général de l'agence des solidarités actives qu'il a lui-même fondé pour expérimenter ce qui s'appellera plus tard le RSA. C'est d'ailleurs à l'époque du gouvernement villepin où il présidait la commission Familles, vulnérabilité et pauvreté qu'il élabora ce nouveau dispositif. Fidèle à ses valeurs et convaincu par cette réforme, il rencontra durant la campagne présidentielle les deux principaux candidats PS et UMP afin de le faire entendre le bien fondé de son projet. C'est ainsi qu'on a oublié depuis que le RSA figurait sur le programme présidentiel de Ségolène Royal comme sur celui de Nicolas Sarkozy.

Pour ma part, c'est à travers sa plume que j'ai découvert ce militant car plus que par engagement, c'est par militantisme qu'il a assumé ses fonctions gouvernementales. Dans Manifeste contre la pauvreté, il présente sous un regard moins compassionnel d'empathique la réalité des plus modestes. Sans émotion puérile avec le souci de témoigner.

A l'heure de son départ, il laisse un bilan certes loin d'être achevé néanmoins intéressant. Mais ne nous avait-il pas avertit qu'il ne souhaitait pas s'inscrire dans une action durable mais juste vouloir obtenir les garanties de la mise en oeuvre de ce pourquoi il avait accepté la mission.
Libéré des contraintes auxquelles il était parfois assujetti, faisons lui confiance pour qu'il continue, avec autant de convictions, son combat contre la pauvreté.
Mais la plus grande victoire dont peut s'ennorgueuillir Martin Hirsch c'est d'avoir cassé les idées reçues sur les pauvres et réunis les mécènes et les acteurs sociaux afin de faire vivre de projets communs. C'est à partir de ses idées neuves tels que les start up social et autres dérivés que l'on a enif pu envisager de réunir l'économique et le social sous un même projecteur.
A propos de la politique dite d'ouverture à laquelle il a participé, 3 ans après, je maintiens ce que j'avais écrit en 2007.
Un engagement personnel en faveur de la société civile au-delà de toutes idéologies.La nomination de personnalités à sensibilité de gauche autour d’un projet de gouvernement de droite provoque une incompréhension légitime. Néanmoins, plus je réfléchis à l’entrée de Bernard Kouchner dans le gouvernement opposé aux valeurs qu’il porte et plus je comprends son acte. Voire même je l’admire à présent. Car en dépit des reproches qu’on lui porte, le « French doctor » démontre par cet acte son engagement moral. Il s’agit en effet d’un engagement personnel – et à ce titre dénué d’idéologies – qui témoigne de la nécessité d’une intervention dans les relations internationales au nom d’une éthique humaniste. Hubert Védrine, ancien ministre à ce poste, déclare que cette mission dépasse les clivages politiciens. Un humanitaire comme ministre des affaires étrangères et européennes, c’est plus qu’un symbole, mais un véritable message qui redonne du sens à l’action.
Bien sûr, lorsque l'on porte une idée certaine de la rénovation d'une société et que l'on détient les compétences qui prévalent à cette fonction, il est certes plus aisé de les mettre en oeuvre au sein d'un gouvernement avec lequel on partage des valeurs communes. Toutefois, il demeure possible d'agir de l'intérieur d'un système qui nous est éloigné idéologiquement si l'on en fait un combat au nom d'un peuple. C'est, il me semble, cette idée que défend Bernard Kouchner en acceptant la fonction qu'il occupe désormais. De ce fait, hormis la majorité qu'il représente dorénavant, il fait la preuve qu'il est possible de mener une action de l'intérieur. De ce point de vue, le réseau qu’il s’est constitué dans le cadre des ses nombreuses expériences va lui servir de repères.
Il en est de même pour la décision de Martin Hirsch. Ce qui le guide surtout à mon sens, c’est l’état actuel de la France qui ne saurait attendre une rénovation. En témoigne particulièrement la situation croissante de la vulnérabilité d’une partie de la population. Partant de ce constat, aucune objection idéologique n’est suffisante pour rester impassible. Même lorsqu’il s’agit d’une stratégie politique. L’enjeu consiste à conserver une ligne claire en tant que technicien d’une tâche.

Finalement, il me vient à penser que par cette démarche d’ouverture le nouveau Président de la République tient moins à la nature de l’action qu’il souhaite mener qu’au fait d’y tenir une place centrale. Et ainsi d’être suivi par une majorité de partisan. C’est peut être au fond, cette seule valorisation qu’il poursuit.

En tant qu’acteurs de terrain et par conséquent habitué aux situations de crises, je pense que les deux personnalités ont la capacité d’initier, chacun à leur place respective, une pression intérieure suffisante afin de constituer un contre pouvoir. Il n’en demeure pas moins qu’ils vont devoir mener de front un dur combat au nom des valeurs qu’ils défendent. C’est pour cela que leurs choix sont à mes yeux tout à fait respectables.

11/03/2010

[Portrait] Benjamin Biolay, une étoile en plein jour




















Hier soir, Benjamin BIOLAY donnait un concert à Angers mêlant à la douceur angevine sa mélancolie légère. Une poésie urbaine teintée de cordes, de cuivres et d'électro.

Après nous avoir offert une superbe victoire le week end dernier, le dandy ténébreux est parvenu, une fois n'est pas coutume, à libérer sa timidité en émotion lors de son concert à Angers hier soir. Il avait choisi le Chabada plutôt que l'immense salle de l'Amphitea et c'est vrai que cette ambiance plus intimiste correspondait mieux à son univers.

D'entrée de jeu avec la chanson "Tout ça me tourmente" il annonce la couleur qui sera entre gris clair et gris foncé. C'est par conséquent sous ce ciel en demi-teinte que sa mursique va s'ériger.
Après quelques chanssons il esquisse sa silhouette d'un bout à l'autre de la modeste scène. Parfois s'installe seul au piano ou s'affiche debout aux synthés.
Il s'adresse peu au public, juste pour évoquer quelques unes des chasons qui le touchent.

Dans Lyon presqu'île le chanteur nous entraîne dans la ville de son enfance. Alors même que le rfi de guitare s'élance le lyonnais qui n'a rien perdu de ses origines offre une pensée à l'Olympic de cette ville à qui cela finalement porté chance.

Subrepticement il attrape à la fin d'une chanson sa trompette et finalise le morceau avec une envolée de cuivre. Clin d'oeil à sa formation classique du conservatoire.

Et c'est finalement avec la chanson A l'origine qu'il termine le concert avant les rappels bien entendu. Au cours desquels il invite sa harpiste à chanter avec lui.

Fanatiques ou dubitatifs chacun s'accorde à dire qu'il est surdoué. Mais comme tous les artistes tourmentés, il alimente autour de lui un univers singulier auquel on ne peut rester insensible : qu'on l'aime ou le déteste, on ne peut rester indifférent. Dans La superbe, son dernier opus, BB aborde une fois de plus le thème qu'il affectionne le plus : le désespoir amoureux et nous entraîne gentiement dans sa mélancolie existentielle.

Bien qu'un peu farouche, le garçon n'en est pas moins respectueux de la profession. Quelques années après avoir participé au grand retour d'Henri Salvador, il vient enfin de recevoir sa propre récompense. C'était le week end dernier aux victoires de la musique. Humblement, il s'est d'emblée placé derrière Bashung et ses premiers mots étaient un hommage à celui qui était à sa place l'année dernière et a disparu depuis. Fair play, il ...a également remercié sa précédente maison de disque. Deux victoires en une seule soirée. Pourlui c'est un consécration. Bien mérité.

22/02/2010

[Portrait] L'ennemi public

Bernard Henri-Lévy publie deux ouvrages ce mois-ci : De la guerre en philosophie et Pièces d'identité. Il est devenu habituel qu'une polémique accompagne la sortie de chacun de ses livres. Pourtant celle qui concerne Jean-Baptiste BOTUL, un auteur qu'il cite alors qu'il n'a jamais existé ne ressemble à aucune des autres. Et pis, elle fait porter un doute sur le sérieux de la méthode de travail du philosophe sans bureau. Bhl comme souvent le nomment ses nombreux détracteurs, serait-il le dernier des romantiques ?


Entre les murs d'un bureau et ceux de l'Histoire, il a choisi les derniers. Mais, pas pour rester aux pieds du mur. Au contraire pour le briser. Le philosophe voyage aux quatre coins de la planète et sa plume vibre au rythme des guerres pour nous rapporter ses "choses vues" dans "Le Monde" ou de "Le Point". D'aucuns diront qu'ils s'inventent parfois des interviews avec des chefs d'état qui n'ont pas eu lieu. En vérité il cherche à rentrer dans les esprits des populations pour comprendrele tragique de l'intérieur. C'est à ce titre une littérature romantique plus que des essais à vocation scientifique. Mais n'est ce pas de la matière humaine qui est contenue dans ses ouvrages.

J'ai découvert BHL tardivement dans la bibliothèque universitaire de la fac où j'étudiais. Ma première lecture de son oeuvre fût : Réflexion sur la Guerre, le Mal et la fin de l'Histoire. Dès les premières pages, je m’accroche au récit et reste concentré jusqu’à sa fin. Ma passion pour la philosophie ne fait que croître. Et elle s’illustre véritablement dans ce récit où votre pensée féconde joue un vrai rôle. La philosophie n’est donc pas une simple masturbation cérébrale que l’on accompli dans un sombre bureau rempli de piles de livres poussiéreux. Cette noble discipline devient un message de l’humanité au reste de monde. L’apprentissage de la sagesse s’exerce aussi en parcourant le globe. Cette idée me séduit. Par la suite ses voyages m'ont donné le goût de l'aventure littéraire. C'était en 2001. Un avion venait de faire s'écrouler les twin towers. L'auteur avait tout juste eu le temps d'écrire en annexe de son ouvrage sa vision et son analyse des faits. Mais il avait tout de même décidé de courir le risque de parler trop vite ou trop peu, pourvu qu'il en donne son point de vue. A la question que lui vaut cette fougue et la violence dont il fait souvent les frais, l'auteur prolixe répond en partie dans sa correspondance avec Michel Houellebecq. Son goût pour l'écrit et le débat précède celui des causes qu'il défend.

Celui qui s'est autoproclamé philosophe sur le plateau d'Apostrophes et auteur de La barbarie à visage humain n'a de cesse de s'interroger sur le mal et plus précisément l'indifférence générale face à ce mal résiduel. Si le Lys et la Cendre parle d'évènement aussi tragiques, cela ressemble plus à un récit de voyage. Que dis-je de voyages. Comme il le dit lui-même c'est un condensé de 6 ans de sa vie. Six années à vivre aux côtés de la guerre en inventant toutes les initiatives possibles pour y mettre fin. En vain.


(Je vous renvoi à l'article que j'ai fait paraître sur ce blog à mon retour de Croatie en 2007 dans la rubrique Evasion)


Il est rare que l'homme à la chemise blanche ouverte jusqu'au nombril s'invite au milieu d'un évènement. Mieux, il le créé. La philosophie consiste selon les propos de Gilles DELEUZE et Félix GUATTARI à concevoir des concepts. BHL les créé en partant du terrain. C'est en partant des situations qu'il révèle la barbarie des Hommes pour mieux la combattre. Il utilise la philosophie comme une arme contre la tentation de la tour d'ivoire ou du ciel des idées [...] je plaide pour une philosophie engagée, une philosophie de terrain, une philosophie prenant le risque de l'évènement. Confiait-il à Libération le week end dernier.

Bernard-Henri LEVY parle de la barbarie avec un certain romantisme qui n'altère pourtant rien au sérieux de sa pensée. Hors de son bureau, il prend des risques inouïs et continue de croire après tout ce temps que son combat est non seulement juste mais utile. Il porte des valeurs auxquelles il croit dur comme fer et quand il défend une cause, il y met même son âme. Est-il nécessaire de rappeler qu'il est un des rares intellectuels résidant dans l'hexagone à ne pas s'être laissé agripper dans le réseau du candidat UMP lors des dernières présidentielles ? C'est un philosophe engagé au service de la liberté des peuples.Il se dégage, j'en ai bien peur, dans les réactions qui le vise plus lui que son oeuvre d'ailleurs, une forme de nihilisme inquiétant.


Bernard Henry Lévy, des raisons dans l'histoire (C'est un lien vers le site internet officiel que tient une de ses collaboratrices.


15/01/2010

[Portrait] Le cinéma rohmerien

Comme la plupart des hommages, celui célébré à l'oeuvre de Eric ROHMER a été unanime pour considérer celle-ci comme un chef d'oeuvre. Il est vrai que la subtilité dont le cinéaste a fait preuve dans la mise en scène de ses scénarii n'est pas propice à la polémique. Et bien que osé, le cinéma de Rohmer n'a rien de provoquant et favorise une critique consensuelle. Pourtant le cinéma de Rohmer n'est qu'affère de séduction. On l'aime ou on y reste hermétique.

Dans son livre initiatique sur la philosophie Raphaël ENTHOVEN décrit dès les premières pages un environnement de quiétude et de sérénité propre à son exsitence. Et il termine par ces mots : " à cet instant tout peut être aimable sauf [...] le cinéma d'Eric Rohmer. Bien que n'appartenant qu'aux goûts personnels de l'auteur, ce point de vue en dit long sur la réaction que provoque l'univers du cinéaste.
Le cinéma de Rohmer est, et ce n'est rien de le dire, singulier. Il est en tout paradoxal. C'est justement ce paradoxe qui m'a toujours intrigué.
Chaque film est marqué par un rythme lent où les moindre détails sont décortiqués. Des mimiques les plus agaçantes jusqu'au justifications existentielles les plus extrêmes. C'est ce rythme qui peut en décourager plus d'un.
La personnalité des personnages poussés jusqu'à la limite de leur propre caritature y est également pour beaucoup dans la singularité de ce cinéma d'auteur. Au premier abord relativment atypiques, il y a toujours un moment où le personnage en question nous rappelle à travers son comportement quelqu'un de notre entourage. Jusqu'à ce que l'on se rende compte qu'il y a un peu de nous aussi. Certaines scènes se font alors miroir.
Pour ma part, les films de Rohmer m'ont fait découvrir des villes. Et à ce titre m'ont donné l'envie d'aller visiter les charmes de la France en dépassant toutes idées reçues. Mieux, je suis parti à avec des a priori positifs. Dinard, Granville, Le Mans, Clermond-Ferrand, Vierzon. Le cinéaste a redonné de la couleur à des villes tristes.
Tout l'art de Rohmer réside selon moi dans le décors intimiste qu'il a toujours sur créer en jouant sur l'environnement et en lui rendant ses atouts.
A l'occasion de l'hommage qui lui est rendu, un journaliste a eu cette phrase géniale à propos du cinéma d'Eric ROHMER : "ça sonne faux, mais ça parle vrai".

05/01/2010

[Portrait] L'humanité de Camus

Albert CAMUS au Panthéon. Ce ne serait pas le premier homme à y entrer. Mais quel plus beau projet qui, pour beaucoup tombe sous le sens. Dans la continuité de MALRAUX, ce serait la voie royale. L’œuvre d’Albert CAMUS est-elle compatible avec le Panthéon ? Comme l’indiquent les amoureux de la sagesse, seule la famille CAMUS peut en décider.



Il y a cinquante ans Camus s'échappait nous laissant le trésor de sa pensée.

Albert CAMUS, c’est l’intellectuel épanouit. Loin de l’image du rat de bibliothèque ermite, il conjugue en un unique dessein son existence et sa pensée. Tout doit être selon lui source de plaisir, comme dans l’Eté où il contemple la mer comme une fin. D’ailleurs ne dit-on pas de lui que sa pensée, son œuvre et enfin sa personne se confondent ? Qui mieux que ce personnage ose pousser si loin l’engagement dans les interstices de sa raison et de ses valeurs ? « Si j’avais à choisir entre la justice et ma mère, je choisirais encore ma mère » répond-il à la question qui lui est posée au sujet de son positionnement sur l’indépendance de l’Algérie. Un parti pris entier qu’il assume dans son œuvre.

Camus c’est la justesse. Le meilleur compromis entre un Raymond ARON et un Jean-Paul SARTRE. A la déclaration historique : « il vaut mieux avoir tort avec SARTRE que raison avec ARON », Camus le Juste, incarne entre les deux, la vérité intellectuelle.
Sa mort ne laisse rien au hasard mais tout à l’absurde. Fidèle à la philosophie qu’il n’a cessé d’expliquer. Sa destinée et sa pensée se sont donc rejointes lorsqu’il a percuté ce platane, un jour de 1960. Faut-il donc imaginer Sisyphe heureux ?

Mais CAMUS, c’est aussi l’espoir. Son œuvre donne sens quand pourtant l’existence ne ressemble qu’à un triste sort. A défaut de pousser plus loin les limites de notre condition exigüe d’hommes, l’espérance est à ressortir de chacun de nos gestes. Autrement dit, la vie est un joyeux combat. Sa cigarette, n’est qu’un ornement, un rituel de l’époque. Rien de plus. Emblématique, Camus, c’est le seul personnage que Jean DANIEL ose placer comme sujet de son discours et donc avant lui-même dans ses propos. Et c’est peu dire que d’évoquer cela.

Avec CAMUS, le « je » de l’engagement sonne « nous ». Albert Camus s’est opposé au christianisme, au marxisme et à l’existentialisme. Il n’a cessé de lutter contre toutes les idéologies et les abstractions qui détournent de l’humain. En ce sens il incarne une des plus hautes consciences morales du XXème siècle.

                                          

A l’époque où j’étais également un écorché vif, j’ai parcouru les pages de la chute sur le chemin qui me menait de la gare au lycée. Je me suis retrouvé dans NOCES suivi de l’ETE à la campagne chez mes parents. J’ai découvert l’Exil et Le Royaume dans le métro rennais. J’ai apprécié le Mythe de Sisyphe durant ma première année de fac. Enfin, je me suis délecté de la lecture du Premier homme à l’aube de ma vie d’adulte. Puis j’ai découvert il y peu la biographie fouillée qu’à rédigé Olivier TODD alors que je ne m’y attendais plus. Aujourd’hui je peux dire que j’ai appris au contact de son œuvre que « la lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme ». La révolte au sens de CAMUS passe par l’apaisement.
Albert CAMUS au Panthéon. Ce ne serait pas le premier homme à y rentrer. Mais quel plus beau projet qui, pour beaucoup tombe sous le sens. Dans la continuité de MALRAUX, ce serait la voie royale. L’œuvre d’Albert CAMUS est-elle compatible avec le Panthéon ? Comme l’indique Bernard PIVOT, seule la famille CAMUS peut en décider.


10/11/2009

[Portrait] Claude LEVI-STRAUSS, un intellectuel complet


Un an et demi après que son œuvre soit entrée dans la collection de la Pléiade, Claude LEVI-STRAUSS s'est éteint nous laissant orphelin de sa pensée fleuve. Triste tropique.

A l'occasion de l'hommage qui lui est consacré, c’est un pur plaisir de redécouvrir l’œuvre grandiose de cet immense philosophe de formation devenu anthropologue au contact des faits. Car c’est au hasard de voyages, de rencontres et par conséquent d’ouverture culturelle qu’il créa son propre modèle d’analyse du monde. Bien entendu, cette confrontation aux faits n’aurait pu donner tout son sens s’il n’avait disposé de son bagage universitaire. Ce que j’admire chez ce genre d’intellectuel, c’est la dimension globale de leur engagement, quasi intégrale. A la manière d’un Albert Camus ou d’un Michel Foucault, il y a une réelle continuité entre la pensée, l’œuvre et la vie de l’homme. En ce sens, on peut parler d’intellectuel au sens historique que cette figure pris lors de l’affaire Dreyfus, au début du siècle précédent. Mais sans entrer nécessairement dans un engagement sociétal dans lequel Zola est entré, c’est l’investissement total du personnage au service du sujet de sa recherche qui m’impressionne. Comment ne pas respecter un être qui met au plus haut point de son existence la défense de la cause de l’Homme ? Un chercheur qui ne se satisfait jamais d’une seule analyse mais tente à tout moment de déconstruire un préjugé et proposer un raisonnement. Il se donne complètement à son œuvre et fait de chaque seconde de existence, une temps de travail. Une dévorante passion dont le résultat nourrie chaque année l’esprit de tant d’étudiants assis sur les bancs de la fac.Au-delà de cette posture intellectuelle, Claude LEVI-STAUSS, comme d’autres nous livre une véritable grille d’observation et une méthode de compréhension des relations sociales. Issue des travaux de linguistique entrepris par Ferdinand de Saussure, sa méthode structurale nous ouvre les portes d’une nouvelle analyse, présentant les relations humaines comme une forme de langage. En dépassant les clivages de sa discipline initiale, Claude LEVI-STRAUSS se présente comme un vrai philosophe, c'est-à-dire celui qui s’étonne afin de ne rien prendre comme une vérité absolue.

25/05/2008

[Portrait]


Dans mon cursus d'étudiant, les professeurs que j'ai connu nous ont toujours incité à connaître la biographie des auteurs pour mieux comprendre leur oeuvre. C'est un préalable nécessaire disaient-ils pour mieux décrypter la pensée et les messages. D'autant que la pensée d'un créateur quel qu'il soit (cinéaste, écrivain, peintre ou encore musicien...) est influencée par ses rencontres et ses expériences. Ce sont de précieux témoignages qui offrent des repères.